La cathédrale de COUTANCES - Partie 1 - Les extérieurs
Phare épiscopal du Cotentin****
La cathédrale Notre-Dame de Coutances trône au sein de la ville sur un point surélevé. Visible à des dizaines de kilomètres à la ronde, elle a longtemps servi de repère aux marins s'aventurant dans les eaux de la Manche.
La façade de la cathédrale en décembre 2016
Un peu d’histoire
L'implantation chrétienne à Coutances remonte au Ve siècle. Selon la tradition, c'est Saint Éreptiole qui aurait érigé une première église sur les ruines d'un temple païen (probablement dédié à Jupiter) au sommet de la colline. En 866, les Vikings déferlent sur le Cotentin. La ville est ravagée, et la première cathédrale primitive est anéantie. Pendant plus d'un siècle, le siège épiscopal est délaissé, les évêques de Coutances s'exilant à Rouen puis à Saint-Lô pour fuir l'insécurité des côtes. Le renouveau arrive avec la stabilisation du Duché de Normandie. En 1048, Geoffroy de Montbray est nommé évêque. C’est un homme d’État, un guerrier et un bâtisseur de génie. Pour financer son projet de cathédrale romane, il ne se contente pas des revenus de son diocèse mais voyage jusqu'en Italie du Sud et en Sicile pour solliciter les fils de Tancrède de Hauteville, des nobles normands devenus rois et ducs en Méditerranée. Chargé d'or et de pierres précieuses, il lance le chantier. En 1056 la cathédrale romane est consacrée en présence de Guillaume le Conquérant. Elle possède déjà ses deux tours de façade et une grande tour centrale, préfigurant la silhouette actuelle.
L'évêque Hugues de Morville (vers 1160 - 26 décembre 1238) souhaite moderniser l'édifice, mais il fait face à un défi : les ressources sont limitées et la structure de Montbray est encore solide. Il lance alors un chantier audacieux : le chemisage. Plutôt que de détruire l'église romane, les ouvriers l'enveloppent. Ils doublent les murs par l'extérieur, taillent les piliers romans pour les transformer en colonnes gothiques élancées, ils surélèvent les voûtes pour atteindre des hauteurs vertigineuses. Vers 1210-1230, la nef et le transept sont achevés. C’est à cette époque que s’élève la célèbre tour lanterne, prouesse technique qui consiste à vider la tour centrale de son poids pour laisser passer la lumière, créant un "puits de ciel" au centre. Sous l'épiscopat de Sylvestre de la Cervelle (XIVe siècle), le chœur est agrandi avec un double déambulatoire et des chapelles rayonnantes. La cathédrale atteint sa forme quasi définitive.
Mais la Guerre de Cent Ans vient assombrir le tableau. Coutances est un point stratégique. La cathédrale est transformée en forteresse : des chemins de ronde sont ajoutés (visibles encore aujourd'hui sur les galeries hautes) pour permettre aux défenseurs de surveiller les alentours. Malgré les sièges successifs, l'édifice subit peu de dommages structurels. Le 12 juin 1562, la cathédrale connaît l'une de ses journées les plus sombres. Les troupes protestantes commandées par le capitaine Gabriel Ier de Montgomery s'emparent de la ville. Ils pillent le trésor accumulé depuis des siècles. Ils brisent les statues des portails, jugées idolâtres. Ils détruisent les grandes orgues et brûlent une partie des archives. Le monument est sauvé de la destruction totale, mais il perd une grande partie de sa décoration médiévale.
À la Révolution française, en 1793, la cathédrale est désaffectée. Pour éviter qu'elle ne soit vendue comme carrière de pierres (le sort de Cluny), elle est convertie en Temple de la Raison. On y organise des fêtes civiques et des spectacles, ce qui préserve les murs. Le XIXe siècle est celui des grandes restaurations. Des architectes comme Alphonse de Neuville consolident les tours et restaurent les vitraux. L'été 1944, lors de l'Opération Cobra pour la libération de la Normandie, les bombardiers alliés pilonnent Coutances pour couper la retraite allemande. Le centre-ville est pulvérisé, transformé en un tas de gravats fumants. Miraculeusement, la cathédrale reste debout, émergeant seule au milieu des ruines. Si quelques vitraux ont explosé sous le souffle des bombes, la structure est restée intacte, consolidant son statut d'icône du Cotentin.
La Façade Occidentale
La cathédrale s'impose par une façade d’une verticalité vertigineuse. Contrairement aux façades massives du gothique d’Île-de-France, cette cathédrale privilégie la finesse et l’élancement. Les tours jumelles : Hautes de près de 77 mètres, elles conservent une base romane du XIe siècle, habilement "chemisée" par les architectes gothiques du XIIIe siècle. Leur structure polygonale complexe, des tourelles d’angle aux flèches acérées encadrent le corps principal, créent un jeu de lignes verticales qui semblent ne jamais s’arrêter. Les baies étroites et les arcatures aveugles renforcent cette impression de légèreté. Le portail central, bien que restauré, s’intègre dans une structure tripartite classique. Au-dessus, une grande fenêtre ogivale, surmontée d'une galerie de circulation sculptée, laisse deviner la clarté intérieure. L'absence de statuaire exubérante (comparée à Reims ou Chartres) est compensée par la pureté des lignes géométriques simples et la qualité de la taille du calcaire.
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Partie supérieure de la façade occidentale
Les tours jumelles vues de du Nord
Les tours jumelles vues de du Nord
La tour lanterne
S’il est un élément qui définit cet édifice, c’est sa tour lanterne, située à la croisée du transept. Vauban lui-même l’admirait, la qualifiant de monument le plus audacieux qu’il ait vu. Extérieurement, cette tour octogonale est un chef-d’œuvre architectural. Elle s’élève bien au-dessus des toits de la nef, percée de hautes fenêtres étroites qui permettent à la lumière de plonger directement au cœur de l'édifice. Elle est flanquée de quatre tourelles d'escalier finement décorées qui assurent la transition visuelle entre le carré de la base et l'octogone du sommet. Elle sert de phare terrestre visible à des kilomètres à la ronde, signalant la cité épiscopale aux marins de la Manche.
La tour lanterne vu du Nord-ouest
Les Élévations Latérales et le Système d’Arcs-Boutants
En contournant l’édifice vers le Sud ou le Nord, on découvre la complexité de son architecture de soutien. L’équilibre des arcs-boutants : Pour maintenir la nef principale à une telle hauteur, les architectes ont déployé une série d’arcs-boutants à double volée. Leur particularité réside dans leur finesse extrême. Ils ne semblent pas "peser" sur l'édifice mais plutôt le stabiliser avec élégance. Les galeries et les chéneaux : les extérieurs sont rythmés par des galeries de circulation extérieures, protégées par des balustrades sculptées. Les gargouilles, souvent grimaçantes, ponctuent les lignes de fuite, assurant l'évacuation des eaux de pluie tout en ajoutant une touche de fantastique médiéval à la rigueur de l'ensemble.
Le Chevet
Il est sans doute l'une des parties les plus remarquables. Contrairement à beaucoup de cathédrales où le chevet semble massif, celui-ci est d'une grande fluidité. Les chapelles s'étagent en gradins, créant une pyramide de pierre qui culmine vers le chœur. Les fenêtres y sont larges, séparées par des contreforts fins terminés par des pinacles. Il s'est dégage une incroyable unité de l'ensemble. Le calcaire local légèrement gris ou ocre selon la lumière confère à l'édifice une homogénéité parfaite. La texture de la pierre accroche les ombres portées, révélant la profondeur des moulures et la précision des chapiteaux extérieurs.
Trois différents angles de vues du chevet
En bref...
Les extérieurs de la cathédrale de Coutances sont l’expression d’un idéal architectural normand qui privilégie la structure à l'ornement pur. Entre la puissance romane de ses fondations et l'élégance du gothique rayonnant de ses sommets, c'est une "montagne de pierre" sculptée avec une précision d'orfèvre. Les photos de cet article ont été prises fin décembre 2016.
Carte satellite situant Coutances dans le département de la Manche (source Google)
Accès
- Du parking du Mont Saint-Michel comptez environ 1h10 pour faire les 78 km de trajet.
- De Rennes (35) comptez environ 1h30 pour parcourir les 135 km de trajet.
Eglise Saint-Nicolas située quelques centaines de mètres au Nord de la cathédrale
La place du Parvis Notre-Dame
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Dernier coup d'œil sur la façade