dimanche 10 mai 2026

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ITALIE - Italia

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L'Italie en quelques nombres... Surface du pays : 302 073 km2. Population en 2025 : 59 000 000 d'habitants environ. Capitale : Rome. Monnaie : l'Euro.

Campanie
- Baie de Naples, la traversée entre Naples et Capri (mai 2020)

- Colisée (le) (mai 2015)
- Fontaine de Trévi (octobre 2015)
- Forum Romain (janvier 2016)

Toscane
- Florence, l'Arno et ses ponts (avril 2025)

Vatican
- Place Saint-Pierre de Rome (octobre 2016)

Vénétie

  Le centre historique de Naples, les zones archéologiques de Pompéi, Herculanum et Torre Annunziata, la ville de Vérone et ses Arènes, la cité fortifiée de Bergame et le centre historique de Rome et celui de Florence sont classés au patrimoine mondial par l'UNESCO.



Carte satellite de l'Italie (source Google)



L'Arno et le Ponte Vecchio la nuit à Florence, Toscane, Italie


ITALIE - Vénétie - Le musée du Palazzo Mocenigo de Venise

Le musée du Palazzo Mocenigo de VENISE

De la Demeure Patricienne au Musée de la Mode****


Situé dans le quartier de Santa Croce, près de l'église San Stae, le musée du Palazzo Mocenigo est un joyau de l'architecture vénitienne à ne pas confondre avec les palais Mocenigo situés dans le quartier San Marco. Ancienne résidence de l'illustre famille Mocenigo, ce palais abrite aujourd'hui le Musée des tissus et des costumes, sous l'égide de la Fondazione Musei Civici di Venezia.


Historique

Initialement bâti dans le style gothique, le palais a subi d'importants remaniements au début du XVIIe siècle pour devenir le fief de la branche « San Stae » de la famille Mocenigo. Cette lignée occupe une place prépondérante dans l'histoire de Venise, ayant offert à la ville pas moins de sept doges. L'évolution du bâtiment s'est faite par étapes. Vers 1500 : Un édifice à base carrée avec cour centrale (plans de Jacopo de' Barbari) est bâti. Au XVIIe siècle : on procède à des agrandissements successifs et des rénovations majeures donnant au palais son apparence actuelle.

Le palais se distingue par ses deux façades, l'une sur la rue (salizàda) et l'autre sur le canal de San Stae. Elles illustrent le goût vénitien des XVIIe et XVIIIe siècles, notamment par l'usage répété des serliennes (fenêtres à trois baies dont la centrale est cintrée). La façade sur la Salizàda affiche un style plus tardif (XVIIe siècle). On y observe trois serliennes superposées et une extension asymétrique sur la gauche, témoin des rachat successifs de terrains voisins. La structure principale est flanquée d’une aile plus basse, créant un jeu de volumes typique du paysage urbain vénitien.


La façade du musée dans la rue Salizada San Stae


Un Intérieur Figé dans le Temps

L'agencement intérieur respecte la tradition des maisons patriciennes avec son pòrtego, une vaste salle centrale traversante dédiée aux réceptions. Le premier étage noble offre une immersion dans le XVIIIe siècle grâce à des salons de réception : Les salons rouge et vert sont les pièces maîtresses du palais. En 1787, pour célébrer un mariage prestigieux entre les familles Mocenigo et Corner, les peintres Jacopo Guarana, Giambattista Canal et Giovanni Scajario ont orné les plafonds de fresques somptueuses. Le décor est complété par des mobiliers rococo et néoclassiques, des cadres dorés et des portes en bois d'une grande finesse. Aujourd'hui, ce cadre historique héberge les collections de textiles anciens.


Fontaine d'intérieur décorative (aujourd'hui sèche), typique de l'architecture des palais vénitiens située dans le Portego



La salle du Portego avec sa porte monumentale à double arcade sculptée dans une combinaison de marbre blanc et de marbre veiné vert sombre (probablement du vert de mer ou du marbre de Thessalie), créant un contraste typique de la richesse chromatique vénitienne. Le fronton brisé est très complexe. Au centre, des putti (angelots) soutiennent un cartouche qui portait autrefois les armoiries de la famille Mocenigo. On remarque des têtes de personnages (mascarons) à la clé de chaque arche et des chapiteaux corinthiens finement travaillés. Les impostes (la partie haute des arches) sont garnies de grilles en fer forgé aux motifs de volutes, permettant à la lumière de circuler même quand les lourdes portes en bois sont fermées. (3 photos ci-dessus)


Le Musée du Palazzo Mocenigo

Au-delà de son architecture, le Palazzo Mocenigo est devenu un centre culturel majeur dédié à l'élégance vénitienne. Son passage du statut de demeure privée à celui de musée public raconte une volonté de préserver l'âme de la ville. L’histoire publique du palais commence en 1945, lorsque Alvise Nicolò Mocenigo, dernier descendant de cette illustre lignée, lègue la demeure familiale à la commune de Venise. Son souhait était explicite : faire du palais une galerie d'art destinée à compléter les collections du célèbre Musée Correr. Toutefois, c’est en 1985 que le palais trouve sa vocation spécifique actuelle en devenant le siège du Centre d’Études de l’Histoire des Tissus et des Costumes. Ce choix a permis de regrouper des collections textiles d'une richesse exceptionnelle, issues de fonds prestigieux tels que : Les collections Correr, Guggenheim et Cini ainsi que les pièces historiques provenant du Palazzo Grassi. Le palais abrite également une bibliothèque spécialisée au premier étage, mine d'informations pour les chercheurs, couvrant l'histoire de la mode et des textiles, avec une attention particulière pour le raffinement du XVIIIe siècle. En 2013, le musée a franchi une étape majeure avec l'aboutissement d'une rénovation totale de son dispositif de visite. Le parcours a été considérablement agrandi, doublant la surface d'exposition initiale de 1985. L'aménagement a été confié au scénographe et metteur en scène Pier Luigi Pizzi, qui a su transformer les salles historiques en un parcours immersif, où le costume ne se contente pas d'être exposé, mais est mis en scène dans son contexte d'origine.




Exposition de kimonos et enluminures japonaises (3 photos ci -dessus)


Un Voyage Immersif dans la Vie Aristocratique

Le parcours de visite s'étend sur vingt salles situées au premier étage noble (piano nobile). Cette déambulation permet de découvrir des trésors issus des réserves des musées civiques de Venise, restés longtemps à l'abri des regards. À travers le mobilier d'époque, les peintures, les pastels et les verreries de Murano, le musée recrée l'art de vivre des nobles vénitiens des XVIIe et XVIIIe siècles. Le cadre est magnifié par les plafonds peints par Giambattista Canal, Giovanni Scajaro et Jacopo Guarana, dont les œuvres apportent une dimension théâtrale à chaque pièce. Chaque salle aborde un aspect différent de la vie quotidienne et des activités de l'aristocratie, offrant une vision complète de ce que fut Venise avant la chute de la République.


Salon des ambassadeurs (salle 4) qui comporte une cheminée en marbre surmontée d'une sculpture en bronze (un dauphin et un putto)

Ce tableau représente l'Arbre généalogique de la famille Mocenigo. La généalogie est représentée sous la forme d'un chêne robuste aux feuilles dorées, symbolisant la force et la longévité de la lignée. Chaque médaillon représente un membre illustre de la famille. On y dénombre une multitude de personnages en buste, avec leurs noms inscrits sur des phylactères (rubans blancs). Les figures les plus importantes, notamment les sept Doges que la famille a donnés à la République de Venise, occupent des positions centrales ou au sommet des branches pour souligner leur rang suprême. À la base de l'arbre, sur le tronc, on peut lire l'inscription "DE GENTE CORNELIA". Cela fait référence à la revendication de la famille Mocenigo de descendre de la célèbre gens romaine Cornelia, une manière d'ancrer leur noblesse dans l'Antiquité. Le tableau est surmonté du blason de la famille Mocenigo : un écu "parti d'azur et d'argent à deux roses de l'un à l'autre" (bleu et blanc avec des roses). On aperçoit également les cornes ducales (le chapeau du Doge) au-dessus du blason, rappelant leur pouvoir souverain

"L'entrée solennelle à Rome de l'ambassadeur de Venise, Alvise IV Mocenigo", en 1750, attribué à l'atelier de Gian Paolo Panini


La fresque du plafond est une fresque allégorique représentant l'Apothéose de la famille Mocenigo (parfois décrite comme La Sagesse récompensant le Mérite). On y voit des figures mythologiques et des vertus (comme la Renommée avec sa trompette ou la Sagesse) évoluant dans un ciel lumineux. Elle a été réalisée par Giambattista Canal (1745–1825), un successeur de la grande tradition de Tiepolo, en 1787. Le cadre en trompe-l'œil qui entoure la scène centrale (appelé quadratura) est l'œuvre de Davide Rossi. Il simule une architecture en relief avec des colonnes et des sculptures dorées (les "ignudi" ou athlètes que l'on voit dans les coins). Cette fresque a été commandée pour célébrer le prestige de la famille à l'occasion du mariage d'un neveu du Doge Alvise IV Mocenigo avec Laura Corner. C’est l’un des exemples les plus aboutis du goût néoclassique et rococo tardif à Venise.
Le lustre est de Murano de style "Rezzonico" (du nom du palais où ce type de luminaire a été popularisé). Il est en cristal transparent avec des finitions en verre bleu et rouge, et des décorations florales très fines. Il s'accorde parfaitement avec les tons rouges du damas mural de cette pièce


La salle à manger (salle 5). Les murs sont recouverts d'un damas de soie de couleur saumon/orange, qui met en valeur les cadres dorés. Le Plafond : Il s'agit d'une fresque de Jacopo Guarana (XVIIIe siècle). L'œuvre centrale, de forme ovale, représente une allégorie de la famille Mocenigo, célébrant leur gloire et leurs vertus à travers des figures mythologiques et symboliques. Le cadre est richement décoré de motifs floraux et de camées en grisaille. Les murs conservent le même damas de soie saumon que le salon précédent, créant une continuité visuelle dans l'enfilade des pièces. On aperçoit un magnifique meuble bureau-bibliothèque (trumeau) vénitien du XVIIIe siècle. Il est en ronce de noyer avec des miroirs gravés et des sculptures de putti (angelots) dorés au sommet

"La bataille navale de Zaccaria Mocenigo au large de l'île de Sapienza" d'un anonyme vers 1665, dans le salon 5. Le tableau commémore un affrontement survenu en 1665 près de l'île de Sapienza (en Grèce actuelle) entre la flotte vénitienne et des corsaires barbaresques (on reconnaît le navire ennemi à son drapeau vert orné de croissants blancs). Zaccaria Mocenigo (1634-1665) commandait le navire vénitien. Se voyant encerclé et sur le point d'être capturé par l'ennemi, il choisit de mettre le feu à ses propres réserves de poudre. Il préféra mourir dans l'explosion de son vaisseau, emportant avec lui une partie de ses assaillants, plutôt que de se rendre. Cet acte de bravoure extrême en fit une figure légendaire du patriotisme vénitien. Ce tableau fait partie d'une série de marines et de scènes de guerre destinées à célébrer les hauts faits militaires des membres de la dynastie Mocenigo

Le plafond due la salle 6 - L'Apothéose de la famille Mocenigo. La fresque ovale est l'œuvre de Jacopo Guarana (réalisée vers 1787). Elle représente une scène allégorique célébrant l'apothéose et la gloire de la famille Mocenigo. On y voit des figures de la Renommée, de l'Hymen (dieu du mariage) et de la Vertu parmi les nuages. Le lustre est un chef-d'œuvre de la verrerie de Murano du XVIIIe siècle, attribué à Giuseppe Briati. C'est un modèle "à cioca" (en forme de bouquet de fleurs), extrêmement complexe, avec des éléments en verre bleu et des fleurs polychromes

Le plafond de la salle 7 : Le décor est plus géométrique avec un panneau central rectangulaire orné de stucs délicats et de motifs de fleurs sur un fond bleu ciel (teinte pastello). Le Lustre : Encore un exemple magnifique de verre de Murano, plus petit que celui de la salle précédente mais remarquable pour ses touches de bleu et ses pampilles en forme de clochettes roses. Cette salle célèbre le mariage entre un neveu du Doge Alvise IV et Laura Corner en 1787, événement qui a justifié la commande de nombreux décors du palais à cette époque


Tissus et Costumes

Le palais semble reprendre vie grâce à une mise en scène soignée de mannequins arborant des vêtements et accessoires d'une grande valeur. Ces pièces, issues du Centre d’études sur l’histoire du tissu et du costume, témoignent du faste vénitien : Les vêtements sont réalisés dans des tissus façonnés, enrichis de broderies complexes et de dentelles délicates. Chaque costume documente l'évolution de la mode et souligne l'élégance légendaire qui a fait de la ville la capitale du luxe européen. Au-delà de l'esthétique, c'est un hommage au génie des artisans (tisserands, brodeurs, tailleurs) qui ont façonné l'identité visuelle de l'aristocratie.



Ce tableau, situé dans la salle 8, représente un autre événement diplomatique majeur de la famille : L'arrivée à Londres de l'ambassadeur de Venise, Alvise IV Mocenigo, en 1726. Le tableau dépeint le débarquement solennel de l'ambassadeur sur les rives de la Tamise. On y voit une multitude de barques et de gondoles de parade (adaptées au goût londonien) accueillies par une foule dense sur les quais. On reconnaît l'architecture typique des anciens quais de Londres, avec la Tour de Londres et ses fortifications en arrière-plan à droite. Comme pour la vue de Rome, il est attribué à un peintre de "vedute" (vues urbaines), probablement du cercle de Luca Carlevarijs ou de Canaletto, qui étaient les maîtres du genre pour immortaliser les réceptions diplomatiques

La salle 8, photographiée sous un angle qui met en avant la table de présentation de la verrerie. On voit sur la gauche une rangée de fauteuils de style Louis XVI (fin du XVIIIe siècle) avec des cadres en bois doré et un revêtement en soie rouge. Contrairement aux premières salles, les murs ici présentent des encadrements peints en bleu clair et jaune pâle, caractéristiques du goût néoclassique plus sobre de la fin du XVIIIe siècle. La longue table, recouverte d'un tissu damassé rose/rouge protégé par un plateau transparent, présente une collection exceptionnelle de verrerie de Murano du XVIIIe siècle. On distingue de nombreux verres, carafes et flacons ornés de motifs gravés à la pointe de diamant (fleurs, blasons, scènes de genre). Certaines pièces présentent des fils de verre blanc (latticino) entrelacés dans la paroi. La transparence parfaite de ces objets témoigne de la maîtrise technique des maîtres verriers vénitiens, qui cherchaient à imiter le cristal de roche. Cette salle fait partie du parcours dédié à l'histoire du costume et des arts décoratifs

Ce lustre se trouve également dans le salle 8. C'est un lustre de style "Rezzonico", l'apogée du luminaire vénitien. Sa structure est composée d'une armature métallique entièrement recouverte de centaines de petits éléments en verre soufflé emboîtés (les bossole). Contrairement aux lustres des salles précédentes qui avaient des touches de bleu ou de rouge, celui-ci est en verre "cristallo" transparent et opalin. L'utilisation du verre opalin (aux reflets laiteux) donne au lustre cette douceur et cet éclat particulier. Il est orné de motifs végétaux typiques du goût rococo, avec des feuilles recourbées et des fleurs délicates, le tout réalisé à la main à chaud par les maîtres verriers. On voit également le plafond "alla sansovina" avec ses poutres en bois décorées de motifs dorés et peints, encadré par une frise en stuc rose. C'est l'un des plus beaux plafonds structurels du palais

Cette décoration se situe au-dessus de la cheminée dans la Salle 8. Il s'agit d'une composition décorative typique du goût néoclassique vénitien de la fin du XVIIIe siècle. Le panneau central représente un putto (ou angelot) s'appuyant sur un grand vase fleuri. C'est une grisaille (ou monochrome). Cette technique utilise différentes nuances de gris pour imiter le relief et donner l'illusion d'une sculpture ou d'un bas-relief en marbre ou en pierre. Ce type de décor était très en vogue pour les dessus-de-porte ou les trumeaux de cheminée à la fin du XVIIIe siècle, apportant une touche de sobriété et d'élégance classique qui rompait avec les couleurs vives du baroque. En haut de l'image, on retrouve la frise en stuc rose et blanc. Elle est ornée de rinceaux, de fleurs et de têtes de personnages (mascarons). La grisaille est insérée dans un cadre aux formes mixtilignes, flanqué de pilastres décorés de motifs floraux stylisés en stuc blanc sur un fond crème. En bas, on aperçoit le linteau imposant d'une cheminée en marbre, dont les consoles (les supports sur les côtés) sont en marbre noir veiné, créant un contraste avec la clarté des murs

Ce vase est une pièce de porcelaine du Japon, de style Imari. Il est reconnaissable à sa palette de couleurs caractéristique, appelée "le trio Imari" : le bleu de cobalt, le rouge de fer et les rehaussements à l'or. Ce type de porcelaine était massivement exporté du Japon vers l'Europe aux XVIIe et XVIIIe siècles via la Compagnie néerlandaise des Indes orientales. À Venise, ces objets étaient des signes de richesse et d'ouverture culturelle extrême. Le vase est orné d'un Phénix aux ailes déployées, symbole d'immortalité et de vertu, niché au milieu d'une végétation luxuriante de pivoines et de cerisiers en fleurs. Le décor est organisé en panneaux verticaux sur le col, une structure classique qui souligne l'élégance de la forme. Le vase est posé sur une console en marbre jaune de Vérone (ou de Sienne), dont les veines se marient harmonieusement avec les tons orangés de la porcelaine. Derrière, on retrouve le damas de soie rouge/saumon typique des premières salles du palais (comme la Salle 4 ou 5), créant un contraste qui met en valeur la finesse de l'objet

Paravent japonais (connu sous le nom de Byōbu), exposé dans le cadre de l'exposition temporaire mettant en dialogue l'Orient et l'Occident

Miroir de parade vénitien du XVIIIe siècle. Il s'agit d'un travail d'ébénisterie de style Baroque tardif / Rococo. Le cadre est en bois sculpté et doré à la feuille, orné de riches motifs de volutes, de rocailles et de feuillages. La partie supérieure est particulièrement fastueuse. Elle est agrémentée d'une couronne ducale et soutenue par deux putti (angelots) qui encadrent un médaillon central. La surface réfléchissante n'est pas d'un seul tenant, mais divisée par de petits croisillons dorés. À l'époque, la fabrication de grandes plaques de verre d'un seul bloc était techniquement difficile et extrêmement coûteuse ; assembler plusieurs panneaux était une pratique courante, même pour les familles les plus riches. Au premier plan, on aperçoit un vase de type porcelaine chinoise d'exportation de la période Qing. Son décor floral coloré contraste avec la dorure du miroir

Tableau, exposé dans la salle 8, fait partie de la série des grandes ambassades d'Alvise IV Mocenigo. Il représente l'entrée solennelle de l'ambassadeur de Venise à Madrid en 1730. On y voit la procession diplomatique d'Alvise IV Mocenigo arrivant à Madrid. Comme pour les vues de Rome et de Londres, l'objectif est de mettre en scène la richesse et le prestige de Venise à travers le luxe des carrosses et l'importance de l'escorte. La scène se déroule sur une place madrilène. On reconnaît l'architecture espagnole typique de l'époque avec ses balcons remplis de spectateurs. À droite, se dresse une haute tour qui rappelle le style des clochers espagnols (campaniles). Il est attribué à un peintre de l'école de la veduta, probablement un collaborateur ou un suiveur de Luca Carlevarijs. Ces artistes étaient spécialisés dans l'enregistrement minutieux de ces grands événements officiels

Ce tableau représente la réception d'Alvise IV Mocenigo au Palais du Quirinal à Rome en 1750. La scène se déroule dans la cour intérieure du Palais du Quirinal (qui était à l'époque la résidence d'été du Pape, et aujourd'hui le palais présidentiel italien). On reconnaît l'architecture solennelle du palais avec ses arcades éclairées. Il s'agit d'une scène de nuit spectaculaire.  montrant l'arrivée nocturne de l'ambassadeur pour son audience avec le pape Benoît XIV. Le peintre a utilisé une technique de clair-obscur pour souligner l'éclat des flambeaux et des torches qui illuminent les carrosses dorés et la foule des courtisans, créant une atmosphère théâtrale et prestigieuse. Comme pour la vue de la Place du Peuple, ce tableau est attribué à l'entourage de Gian Paolo Panini ou à un peintre de vedute romaines spécialisé dans les cérémonies

Cette scène est une installation muséographique située à la fin des appartements historiques, conçue pour résumer l'essence du musée : le portrait et le costume. Le mur est tapissé de reproductions de portraits de membres de la famille Mocenigo et de l'aristocratie vénitienne du XVIIIe siècle. Les mannequins présentent des exemples parfaits de la mode vénitienne sous la République : L'homme porte un habit à la française de couleur pourpre/lie-de-vin en soie, avec une culotte assortie. Son chapeau est un tricorne noir, l'accessoire indispensable de l'homme de qualité à Venise. On distingue également le jabot de dentelle blanche à son cou. La femme porte une robe à l'anglaise ou un ensemble jupe et corsage en soie brochée à motifs floraux. La forme de la jupe est soutenue par des "paniers" (bien que plus modestes ici que pour les robes de cour), créant cette silhouette typique du milieu du XVIIIe siècle. Cette salle sert de transition entre le palais historique et les sections techniques du musée (comme le Centre d'Études de l'Histoire du Tissu et du Costume ou les salles dédiées au Parfum)

Il s'agit de la Salle 9, appelée la Bibliothèque ou salle des archives. L'élément central est cette imposante bibliothèque en noyer sculpté du XVIIIe siècle. Elle contient une collection de registres et de volumes anciens reliés en parchemin clair. Ces documents sont essentiels car ils constituent une partie des archives de la famille Mocenigo. On peut voir des lettres dorées (A, M) sur le haut du meuble, servant probablement à l'indexation des archives (peut-être pour "Archivio Mocenigo"). Les volumes sont numérotés en chiffres romains sur le dos. Le revêtement est ici très différent des salons de réception. Il s'agit d'un papier peint bleu à effet moiré (imitation des reflets de la soie moirée). Ce bleu "poudre" est typique de la fin du XVIIIe siècle et apporte une atmosphère plus calme et propice au travail de cabinet. Contrairement au traditionnel terrazzo alla veneziana des grandes salles, on trouve ici un parquet en marqueterie de bois aux motifs géométriques, plus chaleureux pour un bureau ou une bibliothèque. À droite, un portrait d'un membre de la famille en habit rouge (peut-être un uniforme d'officier ou de magistrat) complète la collection iconographique du palais. Cette pièce servait de cabinet de travail

Le Parcours du Parfum

Un nouveau parcours intègre désormais une section consacrée au parfum, expliquant le rôle de Venise comme plaque tournante du commerce des essences précieuses et des cosmétiques à travers l'Europe. Reconnaissant l'importance historique de la ville dans le commerce des essences venues d'Orient. À travers six salles thématiques, les visiteurs découvrent l'héritage vénitien : Le rôle central de la ville dans la naissance de la tradition cosmétique et de l'industrie du parfum ; le parcours mêle outils multimédias et expériences sensorielles, permettant de humer les ingrédients historiques et de comprendre les processus de création.



La première salle (13) du Musée du Parfum, installé dans les salles 13 à 17 du Palazzo Mocenigo.Il s'agit de la reconstitution d'un Laboratoire de Parfumeur du XVIIIe siècle. Au fond, l'armoire ouverte expose une collection d'albarelli (pots à pharmacie en céramique) et de flacons contenant les essences, épices et poudres utilisées pour créer les fragrances. La table de travail : On y voit des instruments de mesure, des mortiers pour piler les substances, des entonnoirs et surtout des alambics en verre (visibles sur la table et à gauche), essentiels pour la distillation des huiles essentielles. Un grand livre ouvert évoque les recueils de formules secrètes. Les mannequins illustrent la mode de la seconde moitié du XVIIIe siècle. La femme porte une robe à la française verte à rayures, richement ornée de volants (falbalas). L'homme porte un habit de soie jaune doré avec un gilet brodé et le tricorne classique. Venise a été pendant des siècles la capitale européenne du parfum grâce à son monopole sur les routes des épices venant d'Orient. Venise a inventé le concept moderne de la parfumerie, alliant la science de la distillation à l'esthétique des flacons

Cette vitrine présente une collection de flacons de parfum anciens. Le Verre Opalin (Lattimo) : Au centre, le grand flacon blanc torsadé imite la porcelaine. C'est un verre opaque obtenu grâce à l'ajout d'oxyde d'étain ou d'arsenic. La Murrine et le Millefiori : Plusieurs petits flacons ronds à gauche présentent des motifs de mosaïque multicolore. Le Verre Aventurine : On distingue des flacons avec des reflets pailletés dorés ou cuivrés (comme la petite boîte foncée au centre). C'est une technique complexe où l'on insère des micro-cristaux de cuivre dans la masse de verre. Le Verre Émaillé et Gravé : On aperçoit des flacons en verre transparent avec des motifs de fleurs ou de paysages peints à l'émail ou gravés à la roue. Le Lapis-lazuli : Le flacon bleu intense de forme géométrique au premier plan imite la pierre précieuse. On aperçoit de grands récipients en métal ou en céramique (souvent du plomb ou de l'étain). Ils servaient au stockage des essences brutes ou des eaux florales avant leur mise en flacon, afin de les protéger de la lumière et de préserver leurs propriétés olfactives

La table des matières premières, dans la salle 15. Ce sont des récipients en verre de Murano, certains de style antique ou baroque, contenant les ingrédients bruts utilisés par les parfumeurs (I Muschieri). On peut identifier plusieurs substances classiques de la parfumerie historique : L'anis étoilé (Badiane), l'ambre gris ou Musc : On aperçoit des substances résineuses ou poudreuses dans les grands flacons centraux. Les bocaux contiennent également des copeaux de bois (comme le santal) ou des racines séchées (comme l'iris de Florence). Le bocal à droite contient des boutons de fleurs ou des herbes aromatiques. Chaque ingrédient est accompagné d'une petite fiche explicative précisant le nom de la plante, son origine géographique et ses propriétés olfactives

Cette vitrine présente un herbier de parfumerie, une collection de spécimens botaniques séchés conservés dans des bocaux en verre. Ces flacons contiennent les éléments végétaux qui servaient de base à la création des fragrances, des remèdes et des cosmétiques à Venise. Les étiquettes calligraphiées à la main utilisent des noms latins classiques pour identifier les espèces. Iris foetidissima : Visible dans le deuxième bocal à gauche. Si l'iris est célèbre pour ses racines (rhizomes) à l'odeur de violette, cette variété spécifique était également utilisée pour ses propriétés médicinales. Lunaria rediviva : Le bocal central contient des graines de "Lunaire" (ou Monnaie-du-Pape), souvent utilisée pour ses vertus ornementales et parfois médicinales. Muscari dubius : À gauche, des fleurs séchées de Muscari, une plante à bulbe. Cleome gigantea : Le grand bocal au fond présente cette plante spectaculaire dont on extrayait parfois des essences. Platanus occidentalis : Au centre, le grand tube contient des éléments du Platane d'Occident. Lycoperdon : On aperçoit à droite un bocal contenant des champignons de type "Vesse-de-loup", utilisés historiquement comme hémostatiques ou dans certaines préparations d'apothicaire

Cette vitrine présente une collection de flacons de parfum de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, marquant l'âge d'or de la parfumerie moderne et de l'Art nouveau. L'Art Nouveau et le Verre Dépoli : Plusieurs flacons au centre (comme le flacon sphérique blanc avec des motifs de fleurs en relief) utilisent la technique du verre moulé-pressé dépoli, popularisée par des maîtres comme René Lalique. On remarque un flacon hexagonal noir à motifs dorés évoquant la laque japonaise, ainsi qu'un flacon à droite en forme de chapeau chinois (ou pavillon) orné d'un pompon noir, témoignant du goût pour l'exotisme au début du XXe siècle. En bas à gauche, on distingue des flacons équipés de poires (vaporisateurs à monture dorée), une innovation technique qui a révolutionné la manière de se parfumer en permettant une diffusion plus légère et aérienne des fragrances. Outre le verre de Murano, on aperçoit des flacons en opaline, en verre noir opaque, et même des contenants rappelant des pierres dures comme la malachite ou l'agate. À cette époque, le flacon devient un objet de collection à part entière. Les parfumeurs commencent à collaborer avec de grands cristalliers (Baccarat, Lalique) pour créer des flacons dont le nom et le design racontent une histoire, transformant le parfum en un produit de luxe global

Flacon de parfum en verre de Murano, remarquable par sa couleur et sa technique. Le flacon rouge orangé présente un éclat scintillant unique. Cette technique, inventée à Murano au XVIIe siècle, consiste à insérer des microcristaux de cuivre dans la masse de verre en fusion. On l'appelait "aventurine" car sa réussite relevait de l'aventure (all'avventura), tant le dosage et le refroidissement étaient délicats. Il est surmonté d'une flamme en verre incolore torsadé, une signature du savoir-faire des maîtres verriers vénitiens qui aiment jouer avec les formes organiques et éthérées. Le flacon repose sur un piédouche godronné, typique du répertoire décoratif baroque et néoclassique. Le flacon est posé sur une surface recouverte de feuilles d'or. Ce flacon rouge flamboyant symbolise la passion et la richesse des matières premières importées d'Orient. Il illustre la transition entre l'objet utilitaire de l'apothicaire et l'objet d'art absolu destiné aux coiffeuses des dames de la haute noblesse vénitienne

"Trionfo da tavola", miniature en verre de Murano des maîtres verriers vénitiens du XVIIIe siècle, destiné à la décoration des tables de banquet lors des grandes réceptions. Une fontaine monumentale à plusieurs étages, réalisée en verre transparent, surmontée d'un jet d'eau stylisé par des fils de verre fins occupe le centre. Tout autour, on trouve des balustrades incurvées, des piliers surmontés de globes et des colonnettes d'une finesse extrême. De petits vases en verre opalin blanc contiennent des fleurs et des arbres miniatures (agrumes, fleurs colorées) façonnés avec une précision incroyable. La base est recouverte de grains de verre bleu et vert imitant la pelouse et les sentiers de gravier. Le trionfo servait à impressionner les invités : Sa fragilité extrême et son coût exorbitant étaient une démonstration directe de la richesse de l'hôte. Cette pièce se trouve dans la section consacrée aux arts de la table et au luxe privé

Un Centre de Ressources et de Culture

Le Palazzo Mocenigo dépasse sa fonction de simple lieu d'exposition pour devenir un véritable pôle culturel multidisciplinaire : La Casa del Cinema, une salle de projection et un espace de consultation de la cinémathèque ; la Bibliothèque Spécialisée, située au premier étage, elle constitue une référence mondiale pour l'étude de l'histoire du costume, de la mode et du textile et au rez-de-chaussée (Espaces Modernes), le Laboratoire de Parfums. On note aussi l'existence de la salle multimédia  et la White Room (espace dédié aux expositions temporaires et aux événements culturels).


En bref…

Il s’agit d’un des sites majeurs à visiter lors d’un passage à Venise. Ici, l’attention est centrée sur la période qui a donné à la ville sa réputation de ville d’art et de luxe. Au moment de ma visite, une exposition de kimonos ponctuait l'exposition permanente du musée. Les photos de cet article ont été prise au mois d’avril 2026. L'aide de Gemini a permis l'indentification précise de certains artefacts. Le centre historique de Venise est classé au patrimoine mondial par l'UNESCO.


Carte satellite de Venise situant le musée Palazzo Mocenigo (source Google)


Accès

- A pied, bien sûr ! par le dédale des petites rues du quartier. L’entrée se trouve au 1995 de la Salizada San Stae. Une station de vaporetto appelée San Stae (n°1), située sur le Grand Canal se trouve au bout de la rue, à 150 mètres face à l’Église San Stae.


Heurtoir de porte en bronze en forme de lion de style Baroque, hommage à Saint-Marc, détail emblématique de l'entrée du Palazzo Mocenigo


vendredi 8 mai 2026

PHOTOs en vrac - Panorama abyssal

 

Les visiteurs devant le plus grand aquarium d'Europe à Nausicaá Centre National de la Mer, Boulogne-sur-Mer, Pas-de-Calais (62)