Le château de Cormatin - Partie 1 sur 3
Un Héritage Millénaire : La Famille du Blé****
D'une forteresse médiévale à un joyau du Grand Siècle, le château de Cormatin raconte l'ascension d'une lignée ambitieuse et le sauvetage d'un patrimoine en péril. Il se situe en Bourgogne dans le département de Saône-et-Loire (71).
Historique
La famille du Blé s'implante à Cormatin dès le XIIe siècle, avec une devise évocatrice : « En tout temps du Blé ».
• 1280 : Henri du Blé érige une forteresse stratégique sur la route de l'abbaye de Cluny.
• 1606 : Antoine du Blé, fin politique ayant rallié Henri IV après les guerres de Religion, utilise sa fortune de gouverneur pour bâtir le château actuel sur les fondations médiévales.
• 1618 : Son fils, Jacques du Blé, proche de Marie de Médicis, est élevé au rang de marquis par Louis XIII avant de mourir au combat en 1629.
Le domaine traverse le XVIIIe siècle entre exil politique et souffle de modernité :
• L'exil du Maréchal : Nicolas du Blé, gouverneur de l'Alsace, opposé à la diplomatie de la Régence, se retire sur ses terres en 1722.
• L'influence américaine : Pierre Dezoteux, compagnon d'armes de Rochambeau aux États-Unis et époux de Sophie Verne, transforme les jardins en y acclimatant des essences exotiques (tulipiers de Virginie, cyprès chauves).
• Le sauvetage par le vin : En 1789, pour éviter le pillage du château par les révolutionnaires, Dezoteux calme la foule en offrant généreusement le contenu de ses caves. Pendant la Révolution, il devient le chef des Chouans de Bretagne. Le château est à nouveau sauvé.
Au XIXe siècle, Cormatin devient un carrefour pour les arts et la pensée :
• Lamartine : Le poète y trouve l'inspiration (et l'amour avec Nina Dezoteux). Il y rédige son programme politique (1847) et une partie de "L'Histoire des Girondins".
• L'ère de l'Opéra : En 1898, Raoul Gunsbourg, directeur de l’Opéra de Monte-Carlo et ayant acquis le domaine, transforme le site en centre lyrique estival. Les jardins résonnent alors des voix de légendes comme Caruso, sous l'œil bienveillant de Jules Massenet qui préside le « Concours musical de Cormatin ».
Après cinquante ans d'abandon au XXe siècle, le château frôle la destruction. Le tournant de 1980 : Un trio de passionnés (Anne-Marie Joly, Marc Simonet-Lenglart et Pierre-Albert Almendros) rachète le monument en péril. De 1982 à 1995, la restauration du château bénéficie d’aides financières du Ministère de la Culture et du Conseil Général de Saône et Loire pour la restauration des façades, le recreusement des douves et la mise en valeur des décors peints du XVIIe siècle.
Le château entraperçu de l'entrée du parc (2 photos ci-dessus)
La partie orientale de l'Orangerie en bordure du Bief du Moulin (2 vues ci-dessus)
La partie Nord de la bassecour
La partie Sud de la bassecour et l'orangerie
Architecture
Le château de Cormatin témoigne de l'architecture du début du Grand Siècle. Il s'inspire de la citadelle de Chalon et du Palais du Luxembourg à Paris. L'aile Nord (1620) et son escalier d'honneur à vide central sont des répliques de l’œuvre de l'architecte Salomon de Brosse. À l'origine, le château formait un quadrilatère fermé. Au fil des siècles, il a perdu son rempart (par allégeance à Louis XIV) ainsi que ses ailes Ouest et Sud (incendie et effondrement au XIXe siècle). Trois ailes d’habitation disposées en fer à cheval sont cantonnées sur les angles extérieurs par quatre grands pavillons « en sortie et défense ». Le quatrième côté est un rempart montant au niveau du premier étage avec entrée monumentale et pont-levis. Les façades sont inspirées de la citadelle de Chalon-sur-Saône dont Antoine du Blé est nommé Gouverneur par Henri IV. Le quadrilatère d’origine est modifié au cours des âges : le rempart est détruit dès la fin du XVIIe siècle, en signe d’allégeance à Louis XIV, l’aile Ouest est abaissée après un incendie en 1812 et l’aile Sud s’écroule en 1815, lors de sa transformation en fabrique. L’aile Nord subsiste intacte, elle est construite en dernier (1620-26) par Jacques du Blé. Qui s’inspire du palais du Luxembourg. La façade Nord conserve le décor de bossages et l’apparence militaire. Un avant-corps central à large fronton et chaînages de bossages, crée avec les pavillons d’angle un rythme ternaire. Dans la cour, les portails allègent le style rigoureux d'origine. Ils sont ajoutés en 1624 probablement par Salomon de Brosse, architecte de Marie de Médicis.
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La façade Sud de l'aile Nord du château donnant dans la cour d'honneur
La façade Ouest de l'aile occidental
Le château vu de la bassecour
L'angle Sud-est du château et ses douves
Le château vu depuis l'Ouest avec une partie du miroir et le grand chêne
Ailes Nord et Ouest formant un angle dans la cour d'honneur (4 photos ci-dessus)
Les jardins du château
Ils sont créés vers 1620, puis remaniés à « l’anglaise » vers 1785, ils disparaissent en 1815, lors du comblement des douves. Quelques arbres sont conservés, un chêne tricentenaire, sept cyprès-chauves et les 130 tilleuls de l’allée Lamartine au bord de la rivière. En 1988-89, le recreusement des douves permet de reconstituer la plate-forme des jardins. Les parterres, bosquets et labyrinthe sont replantés entre 1990 à 1993 en cherchant à retrouver l’esprit d'origine. Le « Songe de Poliphile » (1499) et ses cinq jardins magiques, où le héros s’aventure à la recherche de la Sagesse, constitue à l’âge baroque le texte de référence des paysagistes. Le jardin doit permettre la méditation de l’humain dans la création.
Le parterre, au pied des appartements d’honneur, figure le paradis terrestre : Adam et Eve, le pommier de la Connaissance, la fontaine de vie, etc. Le labyrinthe symbolise les épreuves de la vie après la faute originelle. La volière-belvédère (O. de Mercey, architecte) représente la récompense céleste offerte à ceux qui ont su venir à bout des difficultés... Sa coupole de fer forgé (Michel et J.Y. Bouillot, ferroniers - 1990) est formée de cœurs enlacés rappelant le paradis et l’union des âmes dans l’amour de divin... En lettres d’or, une citation de Nietzsche incite à la réflexion : « C’est nous que doivent traduire et la pierre et la plante pour que nous puissions nous promener en nous-même ».
Deux vues de l'orangerie et du potager
La volière-belvédère (2 clichés ci-dessus) dans le jardin des Planètes, au Sud du potager
Le labyrinthe, au Nord-est du parc
Sept vues du secteur du parterre, localisé immédiatement au Nord du château
Fontaine et bassin proche du parterre (3 clichés ci-dessus)
Perspective horticole
La bassecour vue du Nord au Sud, au fond, l'orangerie
Le grand bassin dit "Le Miroir"
L'orangerie et la douve orientale
En bref...
Moins connu que ses cousins du Val-de-Loire, le château de Cormatin porte pourtant son lot d'événements historiques et de souvenirs de personnages célèbres. Le parc n'est pas en reste avec de très belles perspectives sur des bâtiments à l'architecture rigoureuse qui contraste avec la douceur végétale des jardins. Les photos de cet article ont été prises en juillet 2020.
Carte satellite situant Cormatin (source Google)
Plan du parc
Accès
- De Mâcon centre, comptez environ 35 minutes pour parcourir les 35 km de route vers le château. De Chalon-sur-Saône, 5 minutes de plus pour une distance équivalente.
Horaires d’ouverture du parc du château :
Le parc du château est ouvert tous les jours depuis l’heure d’ouverture des visites guidées des appartements et jusqu’à 20h. Pour visiter le parc, sans guide, présentez-vous à l’accueil du château avant 18h.
Tarifs visite du château
Visite guidée des appartements XVIIe et visite libre des salles 1900 et du parc :
Adulte : 14,00 €
Étudiant : 10,00 €
Jeune : 7,00 € (7 à 17 ans)
Enfant : gratuit
Visite libre des salles 1900 et du parc :
Adulte : 10,00 €
Étudiant : 7,00 €
Jeune : 5,00 € (7 à 17 ans)
Enfant : gratuit
L'aile Nord du château, vu du Nord
L'angle Nord-est du château et ses douves
La suite de la visite se passe à l'intérieur, en cliquant ici pour découvrir la deuxième partie...