dimanche 18 septembre 2022

GRÈCE - Grèce Centrale - Le sanctuaire antique de Delphes - Partie 2

 Le sanctuaire antique de DELPHES – Partie 2

Apollon et Pythie *****


Pour découvrir la première partie de la visite, l'historique et l'organisation du sanctuaire, veuillez cliquer ici, SVP !


Temple d'Apollon

Bâtiment le plus important du sanctuaire de Delphes, il domine le Téménos depuis sa position centrale. C'est là qu'étaient conservées les statues et autres offrandes au dieu, et que se déroulaient les rituels du culte, dont celui de la divination. Ici aussi se trouvaient les archives (chresmographéion) détruites en 373 avant J.-C., qui contenaient les listes des vainqueurs des jeux Pythiques. Selon la légende, le premier temple était fait de branches de laurier, le second de cire d'abeille et de plumes, et le troisième de bronze, tandis que le quatrième aurait été construit par les architectes légendaires Trophonios et Agamède aidés par Apollon lui-même. Il s’agit, probablement, du temple de pierre détruit par un incendie en 548 avant J.-C. Son remplaçant, bâti à l’aide de contributions de citoyens, est achevé vers 510 avant J.-C. C’est un temple à péristyle dorique, comprenant six colonnes au fond et quinze sur les côtés. Construit en pierre de taille et revêtu de marbre, il était somptueusement décoré de sculptures du célèbre artiste Anténor. Le fronton Est représentait l'épiphanie d'Apollon lorsqu'il arriva à Delphes avec sa sœur Artémis et sa mère Léto ; le char des dieux occupait le centre de la scène et était encadré par des figures masculines et féminines. Du fronton Ouest, qui représentait la Gigantomachie, seules les figures d'Athéna, un géant déchu, un personnage masculin et deux chevaux ont survécu. Ce temple a été détruit par un tremblement de terre en 373 avant J.-C. 


Les colonnes du temple vues depuis le contrebas du mur polygonal (deux vues ci-dessus)


Le Trésor des Athéniens vu depuis le niveau du temple



Colonnes du temple (deux clichés ci-dessus)


L'ex-voto de Cratéros, face au temple



Deux autres vues des colonnes du temple


Le temple existant, également construit avec des contributions grecques, n’est achevé qu'après la troisième guerre sacrée, en 330 avant J.-C. Cet imposant temple dorique est élevé par les architectes Spintharos de Corinthe, Xénodoros et Agathon. Il a le même plan et à peu près les mêmes dimensions que son prédécesseur, avec six colonnes au fond et quinze sur les côtés. La cella était divisée en trois nefs par deux colonnades de huit colonnes ioniques chacune. La cérémonie de divination avait lieu dans l'adyton, ou sanctuaire intérieur, une chambre souterraine où seuls les prêtres interprétant les paroles de la Pythie avaient accès. Les sculptures du fronton en marbre de Paros sont l'œuvre des sculpteurs athéniens Praxias et Androsthénès. Le fronton Est représentait Apollon et les Muses, et celui de l'Ouest, Dionysos et les Ménades. On sait peu de choses sur l'agencement de l'intérieur du temple; les anciens auteurs mentionnent que les murs du pronaos étaient ornés d’aphorismes des sept sages, tels que « connais-toi toi-même », « tout avec modération »,... Il y avait une effigie en bronze d'Homère et un autel dédié à Poséidon, et, dans l'adyton, une statue d'Apollon ainsi que l'omphalos. Le temple est, de nos jours, partiellement restauré. Des fragments des sculptures du fronton des temples archaïque et classique/hellénistique sont exposés au musée archéologique de Delphes.



Colonnes du temple (deux photos ci-dessus)


Eléments d'architecture du Téménos


La colonne de Prusias II (roi de Bithynie de 182 à 149 avant J.-C.), à gauche, et celles du temple


Partie orientale du temple


La terrasse, soubassement du temple


Colonne et fleurs

Vue en enfilade du temple


Le théâtre de Delphes

C'est l'un des rares théâtres de Grèce dont nous connaissons les dates de conception exactes. Il est situé à l'intérieur du Téménos d'Apollon et contre l'angle Nord-est de son péribolos (ou mur d'enceinte). C'est là que se déroulaient les concours musicaux (chant et musique instrumentale) des jeux pythiques et autres fêtes religieuses, qui faisaient de ce théâtre l'équivalent intellectuel et artistique du stade d'athlétisme d'Olympie. La forme originale du théâtre est inconnue; il est possible que les spectateurs aient été assis sur des sièges en bois ou au sol. Le premier théâtre en pierre a été construit au IVe siècle avant J.-C. et a ensuite été rénové à plusieurs reprises. La forme actuelle du théâtre, avec son orchestre pavé de pierres, ses sièges en pierre et sa scène décorée, est le résultat d'une restauration de 160-159 avant J.-C. parrainée par Eumène II de Pergame. La cavea, construite en partie sur socle rocheux (au nord et à l'ouest) et en partie sur remblai (au sud et à l'est), est divisée en deux sections inégales par un diazoma dallé, ou palier (vingt-sept gradins de sièges dans la partie inférieure et sept dans la partie supérieure). Il est également divisé verticalement par une série d'escaliers. Le théâtre pouvait accueillir cinq mille spectateurs. L'orchestre en forme de fer à cheval est entouré d'une galerie fermé ; son dallage et son parapet sont romains. Des inscriptions relatives à l'émancipation des esclaves sont gravées dans les murs des parodoï (passages en avant de la scène), mais leurs textes sont devenus illisibles en raison de l'usure du temps. La scène, dont il ne reste que les fondations, était probablement divisée en avant-scène et scène proprement dite ; elle était ornée d'une frise en relief représentant les travaux d'Hercule. Bien que fouillé et restauré, le théâtre est en mauvais état : la cavea s'est affaissée, les blocs de calcaire se fissurent et s'écaillent, et nombre de ses éléments architecturaux restent dispersés dans le Téménos.




Trois vues des gradins de l'ancien théâtre


Le temple d'Apollon vu depuis le théâtre



Deux vues en surplomb de l'ancient théâtre


L'ancien stade

Il s'agit de l'un des monuments les mieux conservés de son genre. Il est situé au Nord-ouest du théâtre, au-dessus du Téménos du sanctuaire d'Apollon, dans la partie la plus élevée de la ville antique. On y accédait dans l'Antiquité, comme aujourd'hui, par un chemin sinueux partant des parodoï gauches du théâtre. Le stade est étroitement lié à l'histoire des jeux pythiques, puisque c'est là que se déroulaient les épreuves sportives. Le stade d'origine date du Ve siècle avant J.-C., comme l'atteste une inscription dans le mur de la terrasse Sud, et ne comportait au mieux que des sièges en bois. Les sièges existants, en calcaire du Parnasse - et non en marbre blanc comme mentionné par Pausanias -  ont été ajoutés au IIe siècle après J.-C. par Hérode Atticus, un riche sophiste athénien, ainsi que l'arc de triomphe qui ornait l'entrée. Ce dernier est une caractéristique unique dans les stades de la Grèce antique. Le stade a été construit sur la pente naturelle, son côté Nord taillé dans la roche, son côté Sud soutenu artificiellement par une terrasse murée. L'entrée monumentale à l'Est consistait en une triple arche soutenue par quatre piliers, les deux du milieu ayant des niches pour les statues. C'est là que les juges et les athlètes des jeux Pythiques faisaient leur entrée dans le stade sous les acclamations du public. Derrière l'entrée se trouve un podium taillé dans la roche avec cinq marches, d'une phase de construction antérieure ainsi que les vestiges d'une fontaine. La piste a une longueur d'un stade romain, c'est-à-dire cent soixante-dix-sept mètres et demi, et vingt-cinq mètres et demi de large. Le point de départ (aphesis) et le poteau d'arrivée (terma) avaient des appuis en pierre avec des cavités pour les pieds de l'athlète et pour les poteaux en bois qui les séparaient. Le stade est en forme d'épingle à cheveux, avec deux blocs de sièges parallèles et un sphendonè ("virage" semi-circulaire en bout de piste) à l'extrémité Ouest. Les sièges s'élèvent à 1,30 mètre au-dessus du sol. Au Nord se trouve une tribune rectangulaire où les juges siégeaient sur des bancs à dossier. Le côté Nord a douze niveaux de sièges, tandis que le côté Sud n'en avait que six en raison de la forte pente; les deux sont divisés par des escaliers. Le stade pouvait accueillir cinq cents spectateurs. Bien que ce monument ait été conservé et restauré, une grande partie du mur de la terrasse Sud s'est affaissée et doit être reconstruite.





Quatre vues de l'ancien stade


Vue sur le site et la vallée depuis le secteur du stade


La tholos d'Athéna

La tholos du sanctuaire d'Athéna Pronaia est peut-être le monument le plus caractéristique de Delphes et l'édifice le plus important de ce petit sanctuaire. Situé entre le futur temple d'Athéna et le Trésor de Massalia, cet édifice circulaire à destination inconnue est un chef-d'œuvre de l'architecture classique. On pense qu'il était lié aux cultes chtoniens, bien que Pausanias qui découvre ses ruines au IIe siècle après J.-C., ne le désigne pas comme un temple. Selon Vitruve, cet impressionnant édifice est élevé en 380 avant J.-C. sur les plans de l'architecte Théodoros de Phocée ou Phocis, qui a même écrit un ouvrage sur les détails de sa construction. La tholos est une synthèse de la plupart des styles de l'architecture classique. Elle repose sur un podium à trois marches et les vingt colonnes doriques du péristyle extérieur supportaient une frise dorique de triglyphes et de métopes à décor en relief. À l'intérieur de la cella se trouvaient dix colonnes corinthiennes engagées. Une variété de matériaux a été utilisée afin d'obtenir un effet multicolore : le marbre de Paros et le marbre pentélique, ainsi que le calcaire bleu d'Eleusis pour les détails structurels, la base du mur de la cella et le sol. Le plafond de marbre comportait des caissons en forme de losange, dont plusieurs sont conservés. Le toit conique probable était décoré d'acrotères en forme de femmes, dans une pose de danse ; sa reconstruction reste problématique, notamment après la découverte récente de deux rangées de "gargouilles". La décoration en relief du bâtiment a été dégradée par les Chrétiens au cours des des siècles. La tholos est partiellement restauré en 1938. Plusieurs éléments architecturaux et les sculptures survivantes sont maintenant exposés au musée archéologique de Delphes.










Neuf vues de la tholos et le sanctuaire d'Athéna Pronaia

Le Gymnase
Les vestiges du gymnase se trouvent sur la pente raide entre la fontaine Castalienne et le temple d'Athéna Pronaia. C'est l'un des exemples les plus complets d'un ancien complexe de gymnases, qui comprenait le gymnase proprement dit, une palestre et des bains. Le gymnase date du IVe siècle av. J.-C., mais a été reconstruit à l'époque romaine, lorsque les thermes y ont été ajoutés. À l'origine, il était utilisé exclusivement pour l'entraînement des athlètes. L'athlétisme était pratiqué à l'intérieur du gymnase proprement dit. Les disciplines comme la lutte, la boxe et le pancrace se déroulant à l'intérieur de la palestre. Cependant, à l'époque hellénistique, le gymnase est devenu un centre de développement intellectuel et a accueilli des événements culturels, notamment des conférences d'orateurs, de sophistes, de philosophes et de poètes.
Le gymnase est construit sur deux niveaux. Sur la terrasse supérieure se trouve le xystos, ou colonnade couverte, large de sept mètres et longue de cent soixante-dix-huit mètres, où les athlètes s'entraînaient par mauvais temps, avec une piste parallèle à ciel ouvert de six mètres de large. Au IVe siècle avant J.-C., le xystos possédait une colonnade dorique en calcaire dont la façade a été remplacée par une façade en marbre ionique à l'époque romaine. Le xystos, qui doit son nom au fait que son sol devait être régulièrement gratté et nivelé (xystos = gratté), a été récemment déblayé sur toute sa longueur. La terrasse inférieure est occupée par la palestre, une cour de douze mètres carrés entourée d'une colonnade et de chambres sur les quatre côtés. Des inscriptions dans chacune de ces salles précisent leur utilisation : terrain de balle, vestiaire, fosse de lutte, et un éventuel sanctuaire d'Hermès ou d'Heraclès. Le terrain était utilisé pour la pratique de la lutte ou de la boxe. À l'Ouest de la palestre se trouve une piscine circulaire (froide) de dix mètres de diamètre et de 1,80 mètre de profondeur. Une série de bains-douches pour les athlètes, comportaient des robinets qui versaient l'eau de la source Castalienne dans dix bassins d'argile communicants. Les bains chauds à l'Ouest sont un ajout romain (120 après J.-C.). Plusieurs siècles plus tard, l'enceinte du gymnase est occupée par un monastère byzantin ; son église principale, construite au sommet de la palestre, a été démolie en 1898 par les excavateurs. Lors d'une visite à Delphes, Lord Byron inscrivit son nom sur l'une des colonnes doriques réutilisées dans le monastère.


Les ruines du complexe du gymnase entrevues depuis la route


En bref…

Il s’agit de l’un des sites les plus emblématiques de la Grèce aussi bien antique que contemporaine. On découvre, dans cette seconde partie, les monuments les plus emblématiques du site. Bien qu’un peu moins connu que l’acropole d’Athènes, le sanctuaire de Delphes devrait faire partie des incontournables d’une visite en Grèce continentale ! Le site est classé au patrimoine mondial par l'UNESCO. Les photos de cet article ont été prises en mai 2014, le site étant quasiment vierge de touristes à cette période de l'année…


Carte satellite situant Delphes et la Phocide (source Google)


Accès

- D’Athènes, en voiture, comptez un peu plus de 2 heures pour parcourir les 180 km de trajet vers Delphes par l’autoroute 1 (E75).

- De Kalambaka (Météores) environ 3h15 et 230 km de route.

- Il existe évidemment une multitude de possibilités de partir en excursions organisées de groupes depuis la capitale grecque.

Tarifs musée et site archéologique (2022) : plein tarif 12€, Réduit 6€ (en hiver)


Les magnifiques oeuvres du musée archéologique de Delphes se découvre en cliquant sur le lien suivant !


samedi 17 septembre 2022

GRÈCE - Grèce Centrale - Le sanctuaire antique de Delphes

Le sanctuaire antique de DELPHES

Apollon et Pythie *****


Histoire

Au pied du mont Parnasse, dans l'angle formé par les rochers jumeaux des Phédriades, en Phocide, se trouve le sanctuaire panhellénique de Delphes (Δελφοί). Il hébergeait, dans l'Antiquité, l'oracle le plus célèbre de la Grèce et était considérée comme le centre du monde par les anciens Grecs. Selon la mythologie, c'est ici que les deux aigles envoyés par Zeus des extrémités de l'univers pour trouver le nombril du monde se sont rencontrés. Le sanctuaire, situé dans un paysage des plus spectaculaires, est resté pendant de nombreux siècles le centre culturel et religieux et le symbole de l'unité du monde hellénique. Son histoire commence à la préhistoire et au coeurr des mythes des anciens Grecs. Au commencement, le site était consacré à l'adoration de la Terre Mère. Il était gardé par le terrible serpent Python, tué ultérieurement par le dieu Apollon. Le sanctuaire du dieu aurait été construit, ici, par les Crétois qui arrivèrent à Kirrha, le port de Delphes, accompagnés du dieu sous la forme d'un dauphin. Ce mythe survécut dans des pièces de théâtre présentées lors des différents festivals delphiques, comme les fêtes pythiques, qui célébraient la mort de Python et proposaient des compétitions musicales et sportives. Les premières découvertes dans la région, datées de la période du néolithique (4000 avant J.-C.), proviennent de l'Antre corycien, une grotte du Mont Parnasse, où les premiers rituels ont eu lieu. Les vestiges d'une colonie et d'un cimetière mycéniens sont découverts à l'intérieur du sanctuaire, mais les traces d'occupation sont rares et très fragmentaires jusqu'au VIIIe siècle avant J.-C., période à laquelle le culte d'Apollon est instauré et le développement du sanctuaire et de l'oracle commence.


Le port de Kirrha, près de Delphes, donnant sur le Golfe de Corinthe


L'environnement montagneux du sanctuaire


Les premiers temples en pierre d'Apollon et d'Athéna, sont construits vers la fin du VIIe siècle avant J.-C. Selon les sources littéraires et archéologiques, d'autres dieux étaient associés au sanctuaire : Artémis, Poséidon, Dionysos, Hermès, Zeus Polieus, Hygeia et Ilithye. Le sanctuaire est alors le centre de l'amphictyonie, une ligue religieuse locale. Elle contrôle le fonctionnement et les finances du sanctuaire, désignant ses prêtres et autres fonctionnaires choisis parmi les habitants de Delphes. Au VIe siècle av. J.-C., sous la protection et l'administration de la Ligue, le sanctuaire devient autonome (Première Guerre sacrée), il étend son territoire et son influence politique et religieuse dans toute la Grèce, et réorganise les Jeux Pythiques, les deuxièmes jeux les plus importants en Grèce après les Jeux olympiques. Entre le VIe et le et IVe siècle avant J.-C., l'oracle de Delphes, considéré comme le plus fiable, est à son apogée. Il est énoncé par la Pythie, la grande prêtresse, et interprété par les prêtres d'Apollon. Les dirigeants et les habitants de Grèce consultent l'oracle, exprimant leur gratitude par des offrandes et répandant sa renommée dans le monde entier. On pense, alors, que l'oracle existe depuis la nuit des temps. C'est la renommée et le prestige de l'oracle qui provoquent deux guerres sacrées au milieu des Ve et IVe siècles avant J.-C. Au IIIe siècle avant J.-C., le sanctuaire est conquis par les Etoliens, chassés par les Romains en 191 avant J.-C. À cette époque, le sanctuaire est favorisé par certains empereurs romains et pillé par d'autres. La montée du mouvement rationaliste en philosophie au IIIe siècle avant J.-C., ternit l'autorité de l'oracle, mais ses rituels restent inchangés jusqu'au IIe siècle après J.-C., lorsqu'il est consulté par Hadrien et visité par Pausanias. La description détaillée par ce dernier des bâtiments et de plus de trois cents statues a grandement contribué aux reconstructions et restaurations fidèles.


Les ruines dans leur décor montagneux


L'empereur byzantin Théodose abolit finalement l'oracle et les Slaves détruisent son enceinte en 394 avant J.-C. Avec l'avènement du Christianisme, Delphes devient un siège épiscopal, mais il est abandonné aux VIe-VIIe siècles après J.-C. Peu de temps après, au VIIe siècle de notre ère, un nouveau village, Kastri, se développe sur les ruines de l'ancien sanctuaire. Les recherches archéologiques à Delphes débutent en 1860 sous la houlette des Allemands. En 1891, le gouvernement grec accorde à l'École française d'Athènes l'autorisation de fouilles de longue durée sur le site. C'est alors que le village de Kastri est démantelé pour permettre la réalisation des « grandes fouilles ». On met à jour des vestiges spectaculaires, dont environ trois mille inscriptions apportant un éclairage majeur sur la vie publique dans la Grèce antique. Aujourd'hui, le Service archéologique grec et l'École française d'Athènes continuent de chercher, de fouiller et de conserver les deux sanctuaires delphiques. De tous les monuments, seul le Trésor des Athéniens a conservé suffisamment de ses matériaux de construction d'origine pour permettre sa reconstruction presque complète. Le projet est financé par la Ville d'Athènes et réalisé par l'Ecole française sur la période 1903-1906. Le temple d'Apollon et la Tholos sont également partiellement restaurés. En 1927 et 1930, le poète Angelos Sikelianos et sa femme, Eva, tentent de faire revivre l'esprit antique de Delphes et d’en faire un nouveau centre culturel, à travers une série d'événements qui comprennent des représentations de théâtre antique.


La végétation de la Grèce et les pierres du sanctuaire


Description du site

Le site archéologique de Delphes comprend deux sanctuaires, dédiés respectivement à Apollon et Athéna, ainsi que d'autres bâtiments, principalement destinés aux pratiques sportives. Les visiteurs arrivant d'Athènes découvrent d’abord le sanctuaire d'Athéna Pronaia - c'est-à-dire Athéna qui est « devant » (le temple d'Apollon). En dehors des murs du sanctuaire s'étend la colonie de Delphes. À l'intérieur des murs se trouva la célèbre Tholos, symbole de Delphes, et les vestiges de trois temples dédiés à la déesse. Deux des temples sont construits en tuf. Ils datent du milieu d’une période s’étendant du VIIe siècle au milieu du VIe siècle avant J.-C. Le troisième temple, en calcaire, occupe l'extrémité Ouest du sanctuaire suite aux reconstructions postérieures au tremblement de terre de 373 avant J.-C. Ce sanctuaire comprend également les autels de Zeus Polieus, Athéna Ergane, Athéna Zostéria, Ilithyie et Hygeia, les restes de deux bâtiments dédiés au culte des héros locaux Phylacos et Autonos, qui ont mis en déroute les Perses, et deux trésors avec toits de marbre, l'un dorique et l'autre éolien. Le Trésor Eolien de Massalia conserve un chapiteau caractéristique en feuilles de palmier. Enfin, une statue de l'empereur Hadrien et un édifice dit « la Maison des Prêtres ». Au Nord-ouest du sanctuaire d'Athéna Pronaia se trouve le gymnase, lieu d'exercice et d'apprentissage, la palestre et les bains. Plus haut sur la pente se situe la source sacrée de Castalie, où les voyageurs se désaltéraient après un long périple et se purifiaient avant de consulter l'oracle.


Les murs d'enceinte du sanctuaire dans leur décor


La partie centrale et la plus importante du site est représentée par le sanctuaire d'Apollon, entouré des murs d’enceinte (péribolos) avec une porte principale à l’angle Sud-est. De là, les visiteurs entraient sur la Voie Sacrée, la rue qui menait au temple d'Apollon avec son célèbre Adyton, où la Pythie prononçait ses oracles. Avec le temple et la Voie Sacrée en son centre, le sanctuaire s'élargit et s’étend sur des terrasses artificielles soutenues par des murs monumentaux, bordées de portiques (d'Attale, des Étoliens, des Athéniens) accessibles par des portes aménagées dans le mur d'enceinte. Dispersés parmi ces édifices et le long de la Voie Sacrée se trouvent de nombreux monuments votifs dédiés par des cités grecques ou des particuliers fortunés à l'occasion d'événements socio-politiques, ou pour exprimer leur gratitude au dieu et à son oracle. Comme offrandes, on trouve aussi bien des trépieds en bronze et en argent (l'un des symboles de l'oracle) que des ensembles complexes de sculptures en bronze ou en marbre. Les édifices votifs luxueux et impressionnants, aussi petits soient-ils, connus sous le nom de trésors, servaient à entreposer des offrandes votives plus petites, mais surtout à exposer les œuvres d’art et la splendeur de la ville qui les commandait. L'imposant temple d'Apollon domine le sanctuaire du haut d'une grande terrasse soutenue par un remarquable mur polygonal. Devant son entrée, les visiteurs peuvent admirer une série de monuments votifs impressionnants dédiés pour la plupart à des particuliers fortunés. Au-dessus du temple se trouve le théâtre où se déroulaient les compétitions théâtrales et musicales des Jeux Pythiques, tandis que plus haut encore sur la pente, au-delà de l'enceinte sacrée, se trouve le stade où avaient lieu les compétitions sportives. À l'extérieur et autour des deux sanctuaires on découvre les vestiges de la colonie et du cimetière, développés principalement aux époques classique et romaine.


Au début de la Voie Sacrée, le monument votif des Spartiates...

Stèle


Deux vues des colonnes reconstruites du monument votif des Spartiates


La Voie Sacrée

On accède au sanctuaire par la Voie sacrée avant d'atteindre la muraille du TéménosCette voie représente la route principale menant de l'entrée du Téménos à l'autel de Chios et à l'imposant temple d'Apollon. Elle revêtait un caractère rituel et processionnel, puisqu'elle guidait pèlerins et visiteurs à travers l'enceinte sacrée. Les théopropoï - ceux qui désiraient consulter l'oracle - montaient la Voie Sacrée le neuvième jour de chaque mois, sacrifiaient un animal sur l'autel situé au sommet et se voyaient attribuer leur place dans la file d'attente. Les citoyens de Corinthe, Naxos, Chios et Thèbes, et quelques personnalités illustres, comme Philippe II de Macédoine, avaient reçu la promanteia, ou droit de consultation préalable, et n'avaient donc pas à attendre leur tour. La voie, qui trouve son origine à l'époque archaïque, est pavée à l'époque romaine tardive avec des dalles provenant d'édifices voisins abandonnés, à une époque où des maisons occupaient l'enceinte sacrée. Les visiteurs du site archéologique empruntent toujours ce même itinéraire, qui zigzague à flanc de colline sur deux cents mètres jusqu'à l'autel monumental. La route était bordée de statues, de podiums et de trésors exposant les offrandes votives de chaque ville. Ces monuments commémoraient généralement des événements importants - alliances politiques, victoires importantes au cours des jeux de Delphes ou victoires militaires, mais certains étaient dédiés aux dieux en remerciement d'un oracle ou d'une faveur accordée à une ville, une famille ou un individu. Des sculptures votives se dressaient le long du premier tronçon de route, des trésors le long du second, tandis qu'en face du temple et de l'autel se trouvaient d'importants monuments votifs dédiés par de riches individus et des cités-États, comme le monument commémorant la victoire grecque de Platées.


Sur les bords de la Voie Sacrée

Enceinte circulaire dite Hémicycle des Rois d'Argos


Le trésor des siphniens

Dédié par les habitants de Siphnos au sanctuaire, il était l'un des monuments les plus opulents du Téménos d'Apollon. Construit près du début de la Voie Sacrée, à côté du Trésor des Sikyoniens et en face de celui des Mégariens, il abritait les précieux ex-voto dédiés par les Siphniens au sanctuaire. Selon Hérodote et Pausanias, Siphnos tirait une grande richesse de ses mines d'or et d'argent et dans la seconde moitié du VIe siècle avant J.-C. était la plus prospère des îles grecques. Les Siphniens ont décidé de dédier la dîme de leurs bénéfices à Apollon et ont ainsi construit ce "trésor". La décoration sculpturale du monument est datée (datation stylistique) de 525 avant J.-C., ou un peu plus tôt, puisque cette année-là, Siphnos a été pillée. Le bâtiment en forme de temple et de taille modeste, est entièrement fait de coûteux marbre de Paros. A l'époque d'Hérodote, il était déjà réputé à la fois pour sa beauté unique et sa décoration sculpturale opulente, qui en fait un chef-d'œuvre de l'art archaïque tardif. Sur la façade, entre les deux antae, au lieu de colonnes, se trouvaient deux Korès (statues féminines korai), exemples exquis de l'art ionique de cette époque. L'architrave est ornée d'une kymation ionique (cimaise) et d'une frise sur les quatre côtés. Du côté Ouest la frise représente le jugement de Paris, au Sud le viol des Leucippides par les Dioscures, au Nord la partie la mieux conservée de la frise : la Gigantomachie, et à l'Est, la façade principale, une assemblée des dieux olympiens observant la guerre de Troie. L'expression robuste, la clarté de la forme, la puissance des figures et la minutie des détails servent le caractère décoratif de la frise. Le fronton Est a conservé ses sculptures, qui représentent un thème de prédilection des sculpteurs et des peintres de vases à la fin de la période archaïque, à savoir la dispute entre Hercule et Apollon sur un trépied delphique. Il couronné par trois acrotères, celle centrale représentant un sphinx et les latérales une paire de Victoires. Du Trésor de Siphnos, seuls les soubassements et l'un des astragales ornant la base sont encore en place. La décoration sculpturale qui subsiste a été conservée et est exposée au musée archéologique de Delphes.


L'Omphalos

« Ce que les habitants de Delphes appellent omphalos est en fait une pierre blanche et considérée comme se trouvant au centre de la terre, et Pindare, dans une de ses Odes, confirme cette opinion. » — (Pausanias, Description de la Grèce)


Une partie des murs d'enciente dans le secteur des "trésors"

Copie de l'Omphalos (l'original étant exposé au musée)


Trésor des Athéniens

Il s’agit d’un des bâtiments les plus importants et les plus emblématiques du sanctuaire d'Apollon. Jouxtant le bouleutérion, siège du sénat de Delphes, et face aux trésors des Cnides et des Syracusains, il domine la Voie Sacrée. Ce petit bâtiment contenait des trophées d'importantes victoires athéniennes et d'autres objets votifs dédiés au sanctuaire. Le "trésor", construit par la République athénienne à la fin du VIe ou au début du Ve siècle avant J.-C., est censé exprimer la victoire de la démocratie sur la tyrannie. Une interprétation légèrement différente, basée sur la description de Pausanias, attribue comme fonction au trésor la commémoration de la bataille de Marathon de 490 avant J.-C., lorsque l'armée athénienne a repoussé les Perses. Le petit édifice dorique en marbre de Paros, a la forme d'un temple, comme la plupart des "trésors". Sa décoration en relief est un exemple remarquable de la sculpture archaïque tardive, comparable par l'élégance, la légèreté des analogies, le mouvement vigoureux et solide et les positions audacieuses à la première peinture de vases attiques à figures rouges. La frise représente les exploits d'Héraclès (façade arrière et Nord) et de Thésée (façade avant et Sud). La juxtaposition des deux héros symbolise le changement de régime et l'instauration de la démocratie à Athènes. En effet, Thésée est devenu un sujet prédominant dans l'iconographie du Ve siècle avant J.-C., tandis qu'Héraclès a dominé l'art du VIe siècle. L'édifice s'élève sur une terrasse dont les façades Sud et principale, celles qui dominent la Voie Sacrée, se terminent par un contrefort triangulaire. C'est là que les Athéniens exposèrent le butin de la bataille de Marathon et d'autres trophées conservés à l'intérieur du trésor lors des grandes fêtes et processions. Plusieurs inscriptions sur les murs de l'édifice nous renseignent sur les fêtes et coutumes antiques, à savoir la Pyrphoria, la Tripodiphoria, la Pythais et la Dodécais, les quatre processions officielles des Athéniens à Delphes. Une autre inscription près de l'angle Est du mur Sud est extrêmement utile pour l'étude de la musique ancienne, car elle contient deux hymnes uniques à Apollon, les seuls textes grecs existants avec des annotations musicales, exposés au musée archéologique de Delphes. À l'intérieur du "trésor", se trouvent des inscriptions contenant d'importants décrets honorifiques datant du IIIe siècle avant J.-C. et plus tard, ainsi que les noms des prêteurs sur gages qui ont utilisé les locaux dans les années suivantes. Le Trésor des Athéniens était le seul monument de Delphes qui conservait encore une grande partie de sa structure antique au début du XXe siècle. Il été réédifié par l'École française en 1906 avec des fonds accordés par le maire d'Athènes. La frise originale se trouve au musée archéologique de Delphes.


Le Trésor des Athéniens


Le mur polygonal

Il soutient la plate-forme sur laquelle se dresse le temple d'Apollon et délimite la zone des Halos, ou aire de battage, au Nord-ouest. Il est élevé dans la seconde moitié du VIe siècle avant J.-C., probablement après la destruction du premier temple en 548 avant J.-C. et avant la construction du temple d'Alkmaionide en 513-505 avant J.-C. La Stoa des Athéniens du cinquième siècle avant J.-C. a été construite contre ce mur, et des traces en sont visibles sur sa surface. Avant la construction du mur, la zone est nivelée et plusieurs bâtiments et trésors archaïques, y compris la célèbre structure absidale, ont été détruits ou enterrés sous le remblai. Le mur est construit en maçonnerie polygonale, avec des blocs irréguliers imbriqués à joints courbes. Il est en forme de Pi, sa face principale est longue de quatre-vingt-dix mètres. Le mur était à l'origine environ deux mètres plus haut qu'il ne l'est aujourd'hui. Il revêtait, aux IIIe et IIe siècles avant J.-C., plus de huit cents inscriptions liées avant tout à l'émancipation des esclaves.


La stoa des Athéniens

Elle fait partie des offrandes votives importantes dédiées au sanctuaire par les Athéniens. Elle occupait une position centrale, sous le grand temple, devant l'imposant mur polygonal de la terrasse et face au Halos, ou aire de battage, où étaient jouées des pièces de théâtre honorant Apollon. La stoa était utilisée pour stocker les butins des guerres, principalement des victoires navales contre les Perses. La stoa faisait partie du programme de construction de Périclès. Elle est construite en 478 avant J.-C., après que les Athéniens aient détruit le pont flottant assemblé par le perse Xerxès à travers l'Hellespont pour tenter d'atteindre la côte européenne. En effet, une inscription sur la marche supérieure de la base transcrit la dédicace athénienne de la stoa, et représente également des câbles (du pont) et des figures de proue (des navires perses). D'autres butins de pillages de navires de batailles, sont ajoutés les années suivantes. La stoa, long espace couvert, est adossée au mur polygonal de la terrasse. Elle se composait d'une base en calcaire à trois marches supportant une colonnade ionique de huit colonnes monolithiques cannelées en marbre du Pentélique avec des bases en marbre de Paros et une rangée de piliers engagés appuyés contre le mur polygonal lui-même. Le toit était fait de bois. À l'intérieur, un podium en pierre abritait une exposition d'ex-voto. La partie inférieure subsistante du monument a été restaurée.


Le mur polygonal avec le temple d'Apollon dans sa partie supérieure et la stoa des Athéniens dans sa partie inférieure


Enceinte circulaire le long de la Voie Sacrée

La stoa des Athéniens au pied du mur polygonal


Chapiteau ionique


La stoa des Athéniens en enfilade et le Trésor des Athéniens à gauche


En bref…

Il s’agit de l’un des sites les plus emblématiques de la Grèce aussi bien antique que contemporaine. Bien qu’un peu moins connu que l’acropole d’Athènes, le sanctuaire de Delphes devrait faire partie des incontournables d’une visite en Grèce continentale ! Le site est classé au patrimoine mondial par l'UNESCO. Les photos de cet article ont été prises en mai 2014, le site étant quasiment vierge de touristes à cette période de l'année…


Carte satellite situant Delphes (source Google)


Accès

- D’Athènes, en voiture, comptez un peu plus de 2 heures pour parcourir les 180 km de trajet vers Delphes par l’autoroute 1 (E75).

- De Kalambaka (Météores) environ 3h15 et 230 km de route.

- Il existe évidemment une multitude de possibilités de partir en excursions organisées de groupes depuis la capitale grecque.

Tarifs musée et site archéologique (2022) : plein tarif 12€, Réduit 6€ (en hiver)


La suite de la visite du sancturaire se poursuit en cliquant SVP sur ce lien !